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HIGHWAY - ON THE ROAD

 

Texte  Cosima Weiter

Photographie Alexandre Simon

 


 

 

New York, 27 juin 2012

 

 

 

 

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New York, 26 juin 2012

 

 

 

 

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La serveuse du New York Dinner précise en posant la note sur la table que le service n’est pas inclus dans le décompte indiqué. Cette manière de réclamer un pourboire me froisse un peu. Mais je passe outre et demande à combien s’élève le montant d’un pourboire tel qu’elle l’entend. Elle me montre sur la facture le montant des taxes, deux dollars et dix-huit cents. Il faut doubler ce chiffre. Nous apprenons que les serveurs ne sont pas salariés. Leur unique revenu provient des pourboires des clients. L’employeur, si on peut encore appeler ainsi le propriétaire du restaurant, ne les rémunère d’aucune manière. Pire, les serveurs et serveuses doivent acheter les tabliers et casquettes qui constituent l’uniforme du lieu quinze dollars chacun, c’est pourquoi la jeune femme qui nous parle n’en a qu’un, qu’elle traite avec le plus grand soin pour le faire durer.

 

 

 



 

 

 

New York, 25 juin 2012

 

 

Alexandre pensait visiter enfin une banlieue blanche. Bourgeoise, résidentielle… Mais Newark est une petite ville essentiellement habitée par des Portugais. On parle portugais dans la rue, les épiceries, les marchands de babioles sont portugais. Les boulangeries, les tea-rooms aussi. Nous nous asseyons le temps d’un thé, d’un café dans l’un d’eux et soudain le temps se referme sur nous, comme un cercle parfait : c’est à Lisbonne que nous avons d’abord rêvé Highway, que nous en avons écrit une première ébauche…

 

 

 

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Nous avons pris des billets pour Newark. Pas l’aéroport, d’où nous prendrons bientôt l’avion pour regagner l’Europe. Newark la petite ville de banlieue. Ici comme à Chcago, comme à New York, la gare s’appelle Pennsylvannia Station. Elle est vaste et la patine du temps lui confère une charme particulier. De longs bancs de bois vissés dans le sol  meublent la salle d’attente. Un panneau indique qu’ils sont réservés aux personnes disposant d’un titre de transport. Apparemment personne n’y prend garde. Sitôt passé la porte, un univers moins doux nous accueille. Des policiers en civil contrôlent sans ménagement deux jeunes Blacks. Identité, fouille au corps… Je ne vois d’abord que deux jeunes gars terrifiés. Lorsque je les approche après le départ des représentants des forces de l’ordre, je remarque que leurs yeux ne brillent pas seulement de l’éclat de la colère. Mais j’ignore quelle substance chimique ils ont consommé.

 

 

 

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New York, 24 juin 2012

 

 

 

 

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East Village, chacun arbore les couleurs de l’arc en ciel, l’ambiance est à la fête. Nous traversons Christopher Street sans réaliser d’abord que c’est aujourd’hui la Gay Pride et que c’est précisément l’endroit où la « fierté homosexuelle » s’est exprimée pour la première fois. Aujourd’hui, beaucoup de familles, beaucoup de Noirs se mêlent aux gays, eux aussi sont venus défiler pour dire qu’eux aussi sont fiers d’être ce qu’ils sont.

Plus tard dans la soirée, lorsque nous sortons du Blue Note, l’atmosphère a changé. La police est partout. Le métro est fermé. Les corps se frôlent anxieusement dans la semi obscurité de la rue.

 

 



 

New York, 23 juin 2012

 

 

 

 

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National Museum of American Indian :

Les contrôles de sécurité sont dignes de ceux que l’on subit lorsqu’on embarque pour un vol intercontinental. La tension est palpable partout dans le musée. Et c’est vrai, nous ne sommes qu’à quelques blocs de ground zero.

Nous assistons néanmoins à une fête kichwa, danses, flûtes, clochettes. Pour la première fois je sens à quel point tout cela est vivant même si l’événement est présenté dans un musée. Peut-être parce que les jambières de peau que portent les hommes sentent le suif. Ou bien parce que je sens à travers les regards qu’échangent les danseurs et les danseuses qu’il y a là un jeu de séduction qui n’est pas de commande. Puis nous admirons les collections du musée avant de partir pour Brooklyn pour assister à un concert des musiciens de Wu Tan Clan en hommage au parolier du groupe. Le public est incroyablement discipliné et suit en une ligne infinie un sentier qui mène à l’entrée. Les gens entrent dans l’enceinte bien après le début du concert. C’est la première fois que j’assiste à un concert de hip hop. Il règne une atmosphère de fête, dans le public, une majorité de Blacks, venus seuls ou entre amis, mais aussi des familles entières entonnant en chœur « Shame ! Shame ! Shame on you ! » honte à ceux qui ne veulent pas laisser une part du rêve américain aux descendants des esclaves ! Eux aussi veulent de l’argent, des grosses voitures et des jolies filles…

 

 

 


New York, 22 juin 2012

 

 

 

 

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Pittsburg - Philadelphie - New York 21 juin 2012

 

 

 

 

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Nous arrivons au milieu de la nuit et la rue grouille d’activité tandis que les panneaux publicitaires illuminent les trottoirs d’un jour artificiel et changeant. Des vagues de taxis jaunes déferlent sur la chaussée.

Notre chambre est au 32ème étage, nous côtoyons le sommet l’empire State Building, et le bruit de la ville monte jusqu’à nous.

 

 



Detroit - Pittsburg, 20 juin 2012

 

 

 

 

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Joseph ne conduit pas. Joseph déteste le sport et le base ball au premier chef. Joseph a grandi dans une banlieue préservée de Detroit. Il est venu au centre, parce qu’il était fasciné par le danger que représentait Detroit, par les ruines. Il a longtemps vécu juste à côté de la gare, dont il contemplait la silhouette trouée depuis ses fenêtres. Les années ont passé, la fascination aussi, mais pas l’amour de cette ville brisée par la crise.

Aujourd’hui il tient un Bed and Breakfast dans une jolie maison rénovée à l’orée de Donwntown. J’ai le sentiment qu’outre le fait de gagner un peu d’argent, il s’agit pour lui d’une démarche engagée :  faire découvrir et aimer Detroit à ceux qui passe par ici une nuit ou deux. Il semble tout connaître de l’histoire et de la géographie de la ville, comme s’il en avait arpenté chaque rue. En revanche les questions qui touche sa lignée trouvent moins facilement de réponse. Il a un nom allemand, et sait que diverses origines européennes se mêlent en lui. Il est d’ailleurs allé en Europe, a visité Paris et Berlin. Il n’ignore pas non plus qu’il a du sang cherokee. Mais rien de plus précis. Ses orgines se perdent dans l’oubli. Quand ses ancêtres sont-ils arrivés en Amérique ? Qu’est-ce qui les a poussés à entreprendre ce grand voyage ? De même, il admet ne connaître que peu l’histoire des Etats-Unis. Il répète ce que j’ai déjà entendu dans la bouche de Patrick quelques jours plus tôt : l’enseignement de l’histoire est rébarbatif. Des noms, des dates qui ne font pas grand sens et qu’on oublie sitôt appris. Du coup je repense à l’importance des films hollywoodiens qui jouent vraiment un rôle fondamental dans la manière dont les Américains se forgent une image de leur histoire et d’eux-mêmes.

 

 

 

 

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Detroit, 19 juin 2012

 

 

 

 

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Janet collabore avec nous pour Highway, c’est elle qui va créer le costume de Pierre-Félix / Keaney pour le spectacle. Bien qu’elle vive loin des Etats-Unis depuis une trentaine d’années, est restée une vraie « Detroiter ». Aujourd’hui elle arrive de bon matin au volant de son automobile pour nous conduire dans des endroits qui nous resteraient inaccessibles sans sa voiture et  sa débrouillardise. Elle nous parle aussi de sa ville, qui n’est plus sa ville, Detroit telle qu’elle était  avant la crise, qui n’a plus grand-chose de commun avec la ville en ruines que nous visitons aujourd’hui.

 

Elle nous invite à assister à un match de base-ball, dont les règles et les buts me demeurent vaguement mystérieux. Il règne dans le stade une atmosphère bon enfant qui n’a rien de commun avec les foules hurlantes et les hooligans européens. On vient en famille, et toutes les générations de rencontrent ici autour d’une même passion. L’hymne américain entonné a capella par une chanteuse à la voix veloutée ouvre le match tandis que le public lève en silence. Un vétéran apporte ensuite la première balle. J’ignorais tout de ce rite, - comment le nommer autrement ? -  qui me met mal à l’aise. Hot dogs, nachos, pop corn, barbapapa, crèmes glacées : on consomme tout en suivant le match, et l’écart entre le ce qui se passe sur le terrain, tout en concentration et tactique et l’apparent désœuvrement du public est étonnant. Il convient cependant à la néophyte que je suis, car il absout d’emblée ma propre difficulté à saisir ce qui se passe. Ce qui me trouble davantage, c’est le sentiment que dans l’enceinte du stade le temps s’est arrêté, Detroit est une ville florissante, les buildings alentours ne sont pas en ruines, l’industrie automobile sponsorise le match. Evidemment, tout cela est factice, mais le temps d’un match, j’arrive  comprendre qu’on ait envie d’oublier que le monde dans lequel on vivait n’est plus.

 

 

 

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Detroit, 18 juin 2012

 

 

 

 

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Detroit, 17 juin 2012

 

 

 

 

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Un immeuble abandonné voisine avec un bâtiment pimpant. Un autre est partiellement habité, par exemple une jolie boutique au rez de chaussée, puis des étages visiblement dévastés. A l’écart du centre ville, des maisons de bois délabrées ont l’air désertées par leurs occupants, mais les jardinets bien entretenus qui les entourent démentent cette impression. Dans les petites rues ombragées du quartier de motor city on nous salue aimablement. Detroit a la réputation d’être une ville dangereuse, ce que j’imagine volontiers. Mais ce qui me frappe ici c’est plutôt, une solidarité fondamentale qui lie les gens quels qu’ils soient et qui dépasse les habituels clivages raciaux ou sociaux. Joe qui nous accueille chez lui m’explique cette attention à l’autre comme une nécessité. Quand on vit dans une ville comme Detroit, il faut être en relation avec les autres, tisser un réseau serré dans lequel on n’est pas un inconnu.

 

 



 

Chicago - Detroit, 16 juin 2012

 

 

 

 

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Patrick

 

 

 

 

Le bus qui nous conduit à Detroit tombe en panne après une heure de route. Nous restons un long moment sur la bande d’arrêt d’urgence avant qu’un dépanneur n’arrive. Il fait une réparation de fortune, et nous repartons jusqu’à l’aire d’autoroute suivante. Mais le bus de remplacement promis par la compagnie de transport tarde. Certains errent sur le parking brûlant de soleil, d’autres profitent des tables et des chaises du fast food longtemps après avoir terminé leur repas.

J’en profite pour poser quelques questions à Patrick. C’est un jeune gars qui a grandi à Detroit. Il est de retour au bercail après un séjour de 5 mois en Belgique où il est allé perfectionner son français. Il est d’origine polonaise. Il m’avoue qu’avant son séjour à l’étranger, il ne se rendait pas compte que l’histoire de sa famille pouvait avoir une résonance pour lui. C’était de l’histoire ancienne. Il ne sait pas quand sa famille a franchi l’Atlantique, il n’a pas appris la langue de ses grands parents, n’a pas écouté les vieilles chansons dont ils avaient le souvenir,  et aujourd’hui il voudrait rattraper le temps perdu. L’histoire des Etats-Unis, il ne la connaît pas non plus. Quelques dates apprises à l’école mais elles n’ont guère de signification. Il a la ferme intention de changer cela depuis qu’il s’est aperçu qu’en Europe, les gens ont de l’intérêt pour la culture, l’histoire et la politique américaine. Je suis troublée par son patriotisme et sa foi dans l’idée de l’Amérique alors qu’il vient précisément d’une des villes qui a eu le plus à souffrir des faillites du libéralisme et de la politique à l’américaine.

 

 

 

 

 



Chicago, 15 juin 2012

 

 

 

 

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Nous avons rendez-vous avec Melika Bass à la Comfort Station située sur Logan Square. Elle est venue mettre en route son installation vidéo, qui tournera toute la nuit dans la petite maison fermée. Les spectateurs se pressent contre les fenêtres pour apercevoir une belle endormie, une visage surgi au milieu des arbres, une femme s’habillant et se déshabillant inlassablement.

 

Les traits de Melika sont visiblement ceux d’une « native american » et je suis surprise lorsqu’elle me parle de ses origines écossaises. Elle connaît à peu près tout de l’histoire de sa famille maternelle, et possède même un ruban sur lequel sont inscrits tous les prénoms des femmes qui l’ont précédée avec leurs dates de naissance et de décès. Elle ignore cependant ce qui a pu motiver le voyage de ses ascendants. Du côté de son père, c’est un peu plus mystérieux. C’est de ce côté là justement qu’elle tient son teint mat et ses yeux en amandes. Mais elle ignore à quelle génération cette union mixte a eu lieu, si son ancêtre aux yeux en amandes était un homme ou une femme. Le contraste entre son physique et sa culture est d’autant plus saisissant que malgré les recherches entreprises par son père, il demeure comme un point obscur.

 

 

 

 

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Chicago, 14 juin 2012

 

 

 

 

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Duluth - Minneapolis - Chicago, 13 juin 2012

 

 

 

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Bill enseigne à l’Université de Duluth, il réalise des films documentaires, et est aussi comédien, metteur en scène au sein d’une compagnie théâtrale qu’il anime depuis une vingtaine d’années. La discussion avec lui est passionnante. Il m’explique que lorsqu’il était enfant, l’enseignement de l’histoire des Etats-Unis était rudimentaire. Les gentils colons blancs d’un côté et les méchants Indiens de l’autre. Et il n’y avait pas la moindre mixité sociale ou raciale dans son école, ni dans sa ville. C’est jeune adulte, à Chicago qu’il a commencé à côtoyer des Natifs, et à remettre cette histoire en question. C’était alors les années 1960,1970 et ses interrogations et remises en questions étaient au diapason de l’évolution de la société américaine et de la lutte pour les droits civiques. Plus tard encore à Duluth même ’il a développé des relations avec des collègues ojibwés et appris à connaître leur culture.

 

Alexandre l’interroge sur l’omniprésence du drapeau américain. Il répond froidement que c’est tout simplement parce que les Etats-Unis sont un pays belliqueux, ce qu’il semble abhorrer au plus haut point. Je suis bouleversée lorsqu’il me dit, droit dans les yeux, mon fils est un guerrier. Ils l’ont envoyé en Irak.

 

 


Duluth, 12 juin 2012

 

 

 

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Nous allons au Tweed Museum, car il accueille une exposition rassemblant des œuvres d’artistes amérindiens contemporains. Lorsque nous arrivons, le musée est plein d’une activité bourdonnante et nous découvrons qu’une présentation de danses ojibwees se prépare. Ces danses sont impressionnantes, parce que les danseurs sont d’une intensité étonnante et que leurs pas semblent d’une précision millimétrique. Mais je ressens le même malaise qu’au Nothern Arizona Museum lors du festival zuni. En fait ce qui me trouble, je crois, c’est que je n’arrive pas à comprendre qu’une culture, j’entends par là une culture vivante se retrouve dans un musée. Et quel sens peut avoir la danse de l’herbe sur un plancher verni ? Pour quel gibier la danse du chasseur ?

 

 

 

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Duluth s’étire sur la rive de lac Supérieur, puis des maisons de bois qu’on dirait peu faites pour résister au climat rude de l’hiver ici s’étagent sur la colline qui surplombe le lac. A Duluth on passe son temps à monter ou à descendre.

 

 



 

Duluth, 11 juin 2012

 

 

 

 

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Minneapolis - Duluth, le 10 juin 2012

 


Nous voulions piquer vers le nord, rouler au moins sur une petite portion de la Highway 61, voir ce qu’il s’y passe et ce qu’on y trouve comme dans la chanson de Dylan. C’est raté. Je m’avise un peu tard que le bus passe par Eau Claire, un petit bled situé bien à l’est de la 61. Et il s’arrête dans la plupart des stations services que nous trouvons en route, si bien que nous mettons 5 heures à parcourir un trajet qui n’en réclame habituellement que trois.


Dans le bus qui nous emmène à Duluth deux vieilles dames me demandent à brûle pourpoint ce que je pense des Américains. Ce n'est pas la première fois que cela se produit. Cette question me laisse un peu perplexe tant "les Américains" me semble recouvrir un ensemble si hétérogène qu'il échappe au moins partiellement à la définition. Cette question reflète-t-elle de la part de mes interrogateurs un souci de ce que les autres pensent d'eux, de savoir quelle image ils donnent à voir. Ou bien une inquiétude plus fondamentale de savoir ce qu'ils pensent d'eux-mêmes.


Finalement le bus s’arrête loin de la ville dans une de ces zones où ne poussent que les fast foods et les magasins de pièces détachées de voitures. Il y a un arrêt de bus un peu plus loin. Nous nous postons donc avec nos bagages sur le bord de la route sans trop y croire.

Un taxi passe plein je m’agite si bien qu’il s’arrête pour nous dire qu’il termine sa course et repasse nous délivrer de notre attente.

 

 

 

 

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Minneapolis, 9 juin 2012

 

 

 

 

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Un poster représentant les rochers du Colorado couvre un des murs de l'American Burger où je dîne ce soir. Lorsque la nuit tombe, une projection vidéo vient compléter ce tableau. Des bulles d'air qui remontent à la surface de l'eau. Mais l'image est à l'envers et l'eau semble couler sur le Colorado.

 

 

 


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Minneapolis, 8 juin 2012

 

 

 

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Saint Anthony Falls

Le Mississipi a la couleur du vieil or. Le fleuve est lent, large, puissant. Et dans ce mouvement infini, un arbre arraché au sol reste en équilibre au bord des chutes.

 


 

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Dans le bus qui nous emmène à Minneapolis, une voyageuse nous dissuade d'aller à l'auberge de jeunesse, excentrée et située dans un quartier mal desservi par les transports en commun. C'est ainsi que nous optons pour le Comfort Suites, qui pratique des tarifs comparables. L'hôtel est occupe un immeuble d'une vingtaine d'étages. Hall d'entrée en marbre, piscine chauffée, sauna, bains bouillonnants... Notre chambre est en réalité une suite plus vaste que notre appartement genevois. Le comfort Suites se révèle être un monde à part, dans lequel des gens habitent à l'année ou à temps partiel, tous habitués du bar où ils se retrouvent en fin de soirée. Ils ne sont pas forcéement richissimes, l'un d'eux, donne sa carte à Alexandre. De la plomberie à la mécanique, il effectue des réparations en tout genre. Son entreprise ne compte qu'un employé : lui-même. Il est d'origine polonaise et se montre très impressionné par le fait qu'Alexandre est allé plusiieurs fois en Pologne. Il lui indique un club où l'on joue régulièrement de la polka à Minneapolis, Alexandre pour sa part ne mentionne pas le fait qu'on ne joue plus guère de polka en Pologne.

 

 


 

Chicago, 6 juin 2012

 

 

 

 

 

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 A Chicago, davantage qu’à New York, Alexandre trouve les images de densité urbaine, les totems contemporains que nous recherchions pour le spectacle.

 

 

 

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Chicago, le 5 juin 2012

 

 

 

 

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Alexandre veut acheter un téléobjectif pour saisir les folles perspectives de Chicago. Nous interrogeons les commerçants du centre ville. Ils ne peuvent donner de réponse. Nous allons donc au Visitor Center demander où se trouve le magasin de photo le plus proche et l'employée doit faire une longue recherche internet pour trouver la réponse. Même chose pour les disques. Comme si les habitants de Chicago ne connaissaient pas leur ville.

 


 

Denver-Chicago, 4 juin 2012

 

 

 

 

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A Denver nous ne passons qu'une courte nuit et je ne retiendrai de la ville que quelques images fugaces, et l'odeur sucrée des arbres.

 

 

 

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 Gallup-Albuquerque-Denver 3 juin 2012

 

 

 

 

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Au Joe's Java, on vient en famille prendre son lunch en silence pour écouter de vieilles chansons sudaméricaines et des reprises de Leonard Cohen.

 

 

 

 

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Le chef de bord nous donne des places à l’étage, et je me retrouve à côté d’un vieil homme qui a passé une longue période à Berlin après la guerre. Il n’a de cesse d’exercer son allemand et bien vite la fuite me semble la seule issue envisageable.

 

Le lobby dispose de vastes baies vitrées et de fauteuils tournés vers les paysages magnifiques du Nouveau Mexique qui défilent sous nos yeux dans le soleil du matin. Alexandre me rejoint et filme les montagnes roses et oranges, les autoroutes sur lesquelles les camions se suivent en une théorie infinie. Il retourne la caméra et l’univers semble basculer. Pendant ce temps, sur les sièges voisins se tient une conversation inédite. Un vieux type tatoué de la tête aux pieds, certainement tatoueur de métier montre un album photo de ses œuvres à un couple de jeunes Mormons. Il commente les motifs, la palette de couleurs, émaille son discours d’anecdotes croustillantes. Le jeune père de famille regarde les photos et semble trouver une forme d’intérêt aux images et à l’humour tonitruant du vieux, à moins qu’il ne soit d’une politesse infinie. Mais son épouse figée dans la réprobation, roule des yeux furieux sous son petit bonnet blanc.

 


 

Gallup, 2 juin 2012

 

 

 

 

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Dernière nuit au Nouveau.-Mexique dans l’hôtel mythique de Gallup, El Rancho. Il a été construit pour accueillir les stars venues tourner dans la région. Mae, West, Cary Grant, Paulette Godard… les chambres portent les noms de ceux qui y ont logé et les boiseries sombres sont bien celles du Far West.

 

 

 

 

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Nous avons décidé de dormir dans un motel particulièrement bon marché pour équilibrer notre budget. Le Zia Motel propose des chambre à 30$. Il est coincé entre l’autoroute et la voie ferrée mais qu’importe, ce sera très bien pour une nuit, et notre chambre, même si elle est spartiate, est propre et repeinte de frais.

 

Nous nous couchons vers 23h00 fourbus d’avoir marché en tous sens à travers la ville. Mais très vite nous prenons conscience que nous sommes les seuls à avoir l’intention de dormir dans l’hôtel. Porte claquées, cris, soupirs évocateurs, coups contre les murs, l’activité ne cesse pas jusqu’au matin, rythmée par les passages réguliers des trains hurlants. A 9h00, on frappe à la porte, le taulier veut récupérer ses clefs… Nous plions bagages et quittons les lieux sans regret pour aller déjeuner au Eagle café, le plus ancien de la ville paraît-il. La jeune fille qui nous sert est si maquillée que je peine à définir ses origines. Ses cheveux sont teints en noir, ses soucils épilés et redessinés au crayon, la couleur de ses yeux ne doit certainement pas grand-chose à la nature. Et je pense aussitôt : peintures de guerre.

 

 

 

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Photos de famille, photos à visée documentaire, partout sur les murs se raconte l'histoire de la ville. Comme si elle vivait davantage de son glorieux passé de ville de pionniers que de son présent.

 


 

Gallup, 1 juin 2012

 

C’est une rail road city. Aujourd’hui il n’y a plus qu’un train de voyageurs qui passe par là, ralliant Chicago à la Californie… il passe le matin dans un sens et le soir dans l’autre. Les trains qui traversent la ville en sifflant à toute heure du jour et de la nuit transportent de la marchandise.

 

 

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Hopiland - Gallup, 31 mai 2012

 

 

 

 

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Beau est un Américain blanc au parcours improbable. Il a grandi sur la route entre une mère épileptique et une bande de tziganes. Ensemble ils allaient de ville en ville disant la bonne aventure et vendant des paniers pour gagner un peu d’argent. Sa mère est morte alors qu’il était encore enfant et les services sociaux ont commencé à s’inquiéter de son cas. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé en pensionnat. Mais les Tziganes l’ont retrouvé et enlevé, le voyage s'est poursuivi. Il avait des allures de fuite.


Jeune homme il a rejoint les rangs de l’armée. C''est dans ce contexte qu'il a commencé à côtoyé des "natifs". Il a été invité dans une réserve, et depuis, il va de l'une à l'autre, de tribu en tribu pour apprendre leurs traditions et leurs religions. Il est chez les Hopis depuis plusieurs mois, il connaît leurs rites et leurs prophéties. Il a été adopté à tel point qu’il a commencé un jeûne de 40 jours qui l’amènera à la mort puis à la renaissance. Il sera accompagné tout au long de ce processus. Ce cheminement accompli, il pourra participer aux réunions des sages qui auront lieu à la fin de l’année 2012 pour permettre au monde d’entrer dans la nouvelle ère qui va commencer. Il y a d'abord une naïveté en Beau qui me touche et m’agace tout à la fois. Quelque chose en moi résiste : une petite voix murmure obstinément, questionne inlassablement comment croire à tout ça ? comment croire ? Il y a aussi un engagement qui m’impressionne et peut-être que l’un ne va pas sans l’autre. Mais il est généreux, de son temps, de son énergie, de sa parole et je le quitte à regret pour aller remballer nos bagages et rendre les clefs de notre chambre d’hôtel avant de prendre le bus pour Gallup dont le passage est prévu à 17h30. Nous squattons le restaurant du Hopi Cultural Center pour travailler durant toute la journée pour travailler. Las, nous avons été mal renseignés. Il n’y aura pas de bus pour Gallup avant demain matin. Or nous avons réservé et payé notre chambre d’hôtel là-bas. Je cherche d’abord à joindre Oncle Washington, il n’est pas chez lui. Puis j’arrête les gens sur le parking de l’hôtel pour leur demander s’ils vont à Gallup. Non. J’appelle finalement Beau lui demandant s’il n’a pas une idée, un bout de solution… et voilà quil me dit :  donne-moi une demi-heure, je vous emmène. Comme promis, il arrive au volant de son immense automobile sur le parking du Hopi Cultural Center mi-hilare, mi-furieux que l’on nous ait si mal renseignés. Nous chargeons les bagages et nous voilà partis.

 

Le soir tombe. Les ombres s’étirent sur le territoire hopi. Nous entrons ensuite en terres navajos. Les paysages sont magnifiques, nous écoutons des chants hopis dans le lecteur CD. J’en apprends davantage sur Beau. Dans la pénombre, sur la plaine fendue par la route, se dressent les silhouettes des chevaux, et parfois celle d’un homme debout. Nous ne sommes pas seuls, dis-je. Et Beau sourit. A l'entrée de Gallup, il s’arrête devant un MacDonalds. Il faut que vous mangiez.

 

 

 

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Hopiland, 30 mai 2012

 

 

 

 

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Nous cherchons le moyen de rejoindre le village pour rendre visite à Lawrence Nomuki, le céramiste que David nous a conseillé d'aller voir. A la réception de l’hôtel on ne nous propose que des tours guidés hors de prix. Je me tourne vers deux jeunes employés qui flirtent pendant leur pause. La jeune fille sort son téléphone portable, en disant, il y a mon oncle, il fait des tours pour le plaisir de partager avec les gens, il vous emmènera où vous voudrez. Je vais voir s’il est disponible ce matin.

Oncle Washington fait son apparition une demi-heure plus tard. Nous montons dans son pick-up. Il nous emmène chez lui pour nous montrer la maze qu’il a faite. Ce sont des pierres disposer sur le sol de manière à constituer un parcours, tenant du labyrinthe et de la spirale qui représente le chemin de la vie. La naissance es représentée par une étroite embouchure nous mène vers le centre. On chemine ensuite au fil des âges de la vie, devenant un jeune enfant, puis un adolescent, un jeune adiulte, atteignant la maturité, puis la vieillesse. Je marche sur ce parcours et je dois parfois m’interrompre tant je suis bouleversée. Le vertige me saisit alors que je passe au-delà de mon âge actuel, et marche sur la portion du chemin que je n’ai pas encore vécue.

Arrivé à la grande vieillesse on passe dans le monde des esprits, qui nous ramène à la naissance.


Oncle Washington nous conduit derrière sa maison. Là se trouvent des tonneaux métalliques dans lesquels il stocke ses récoltes de maïs. Il y a du maïs blanc, du maïs rouge, du maïs jaune et du maïs bleu. Il m’explique que les plants sont profondément enfoncés dans la terre, pour que les jeunes pousses puissent trouver l’eau, bien à l’abri de la brûlure du soleil. Et que les Hopis construisent de petites dunes qui protègent les jeunes pousses du vent du désert. Je trouve la récolte fort maigre et il devance ma parole en me disant que le temps a changé depuis quelques années. Le vent est devenu si fort, si persistant que les dunes ne suffisent plus à protéger les épis naissants qui brûlent avant de parvenir à maturité. Oncle Washington nous convie chez lui pour boire le thé. Il nous montre aussi les kachinas dolls et les autres objets qu’il confectionne pour les vendre. Nous remontons dans son pick-up pour aller à second Mesa visiter l’atelier de poterie de Lawrence Nomuki. Les plus belles que j’aie vues de ma vie.

 

Le soir venu, nous invitons Oncle Washington à dîner avec nous. Les hamburgers du Spider Grille sont délicieux. Et le soleil couchant teinte le paysage de rose. Notre repas terminé, Oncle Washington nous convie à remonter dans son vieux pick-up. Il veut nous montrer la pierre de prophétie. Il s’arrête en route pour nous faire voir des herbes, des feuilles, des petits fruits qu’il nous fait goûter en nous expliquant leurs vertus. La pierre de prophétie figure les faiseurs de guerre, et les deux guerres mondiales, des cercles parfaits, le troisième cercle n’est pas terminé. Les faiseurs de guerre quittent la terre, tandis que les braves gens continuent de cultiver le maïs.

A cet instant dans le soleil couchant de l’Arizona je souhaite de toutes mes forces que la prophétie se réalise.

 

 

 



 

Flagstaff - Hopi Cultural Center Second Mesa, 29 mai 2012




Jay est chauffeur de taxi. Un militaire lassé des voyages qui a décidé de raccrocher. Il a ensuite travaillé dans une réserve navajo, avant de prendre cet emploi de chauffeur. Il parle volontiers. C’est finalement le premier WASP à qui je m’adresse pour lui demander aussi naïvement et directement que possible ce que ça fait d’être un Blanc ici. Sa réponse est la suivante : on ne peut pas défaire ce qui a été fait. On peut juste vivre avec. Il ajoute que différents peuples ont donné à plusieurs reprises leur version du génocide. Mais selon lui, il n’y a pas de peuple pur, innocent…


Il nous dépose à l’arrêt du bus Hopi Senom Transit. C’est à dire au pied d’un poteau téléphonique au milieu d’un parking de supermarché. En attendant le départ, je vais me mettre à l’ombre d’un petit arbre coincé entre le parking et l’autoroute. Il y a déjà deux gars assis là, je m’adresse à l’un d’eux. Le bus arrive bientôt ? Oui. Mon interlocuteur s’appelle Augusti. Il habite sur la première Mesa et descend régulièrement à Flagstaff pour vendre ses kachinas dolls. Dans la mythologie des Indiens Hopis et Zuñis, les kachinas sont des esprits : esprits du feu, de la pluie, du serpent, ou encore esprits farceurs, espiègles, bienfaisants ou malfaisants... Une sorte d'inventaire du monde visible et invisible. A l'occasion de fêtes rituelles, ces esprits s'incarnent dans des danseurs masqués et costumés. Des poupées de bois peintes de vives couleurs, « kachinas dolls » représentant ces danseurs, sont offertes aux enfants, à l'issue des fêtes, pour qu'ils se familiarisent avec le monde des esprits et vendues aux touristes pour assurer la survie des membres de la communauté et faire connaître la culture et la religion hopi aux étrangers.


 

 

 

 

 

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Aller en bus de Flagstaff au Hopi Cultural Center est pratiquement impossible. C’est ce que me dit d’un air contrit l’employée du Visitor Center de Flagstaff. Il n’y a pas d’arrêt de bus à proprement parler, les horaires ne sont pas fiables, on ne sait même pas si le bus va passer, ce n’est pas une vraie compagnie, il vaut mieux prendre un guide… Par acquit de conscience, elle téléphone, me confirme que le bus est prévu pour 3h20 et me montre sur la carte l’endroit où nous sommes censés le trouver. Mais c’est clair, notre projet est terriblement hasardeux… Elle nous souhaite bonne chance et « take care » toute désolée de ne pas parvenir à nous détourner de notre projet. En guise de viatique, elle nous donne une liasse de feuillets photocopiés indiquant comme se comporter en territoire hopi, cela tient en peu de mots : profil bas.  Rien de tout cela n’est engageant. Mais il en faut davantage pour nous décourager et aller sur un parking de supermarché en plein après midi pour y attendre un bus ne nous paraît pas si aventureux que nous renoncions à notre idée de visiter le Hopiland.

 

 

 

 

 

 

 


Flagstaff - Grand Canyon, 28 mai 2012

 

 

 

 

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Flagstaff, 27 mai 2012

 

 

 

 

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Flagstaff, 26 mai 2012

 

 

 

 

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C'est une danse de l'aigle. Une parade plutôt. Il avance à petits pas en ouvrant ses ailes pour montrer la beauté de son plumage et imposer sa puissance. Le rythme est lent, les mouvements retenus, pesants et cette lenteur même est obsédante. Je pense à la danse à laquelle je souhaite amener Pierre Félix à la fin de Highway, qui est au contraire toute légèreté et liberté. Je me demande si je ne suis pas trompée.

 

 

 

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Festival Zuni au Northern Arizona Museum


L'homme au tambour dit : les Américains blancs croient que nous sommes paresseux. Non, mais nous préférons le repos au travail. Les Américains blancs croient que nous sommes alcooliques. Non, mais nous aimons bien boire un petit verre. Les Américains blancs croient que nous sommes des mendiants. Non, mais nous ne refuserons jamais un bon pourboire.

 

 

 

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Flagstaff, 25 mai 2012

 

 

Une fois encore nous nous perdons, il fait nuit noire, le vent est glacial. Et nous tournons dans la zone périurbaine de Flagstaff sans retrouver ce sacré America’s Best… Nous tournons au coin d’un magasin. Une voix enregistrée se déclanche et nous enjoint de rester à l’écart. Dans la seconde qui suit une voiture de police apparaît : je m’approche vaguement inquiète et explique que nous sommes perdus. Eloignez-vous de la voiture. Vos papiers. Il les examine longuement pendant que nous sautons d’un pieds sur l’autre frigorifiés . Qu’est-ce qui vous amène aux Etats-Unis ? Nous sommes en vacances, nous visitons, c’est beau par ici… Il se déride un peu avant de nous renseigner.

 

 

 

 

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A Flagstaff, comme à Phoenix la station de bus Greyhound semble plantée au milieu de nulle part. Et le vent souffle, soulevant le sable qui teinte le ciel de rose et nous brûle les yeux. Je demande comment rejoindre le centre ville. C’est tout près me répond l’unique employée de la station et elle agite la main « par là ». Nous nous mettons en marche, mais la tâche semble de nouveau au-delà de nos forces et nous obliquons vers le bâtiment le plus proche. C’est un supermarché bio. La première personne qui entre à notre suite est un homme entre deux âges. Il parle français, et n’a que quelques courses à faire. Il s'appelle David et propose de nous emmener à notre hôtel en s’excusant par avance de la petitesse de sa voiture. C’est une fois encore inespéré et nous acceptons volontiers. Comme prévu, la voiture est à peine assez grande pour nous contenir tous avec notre chargement. Mais peut importe nous nous serrons un peu et le trajet ne doit pas durer plus de dix minute…

Mais l’hôtel est introuvable, et nous errons sur la route 66. La nouvelle, l’ancienne… David s’arrête à plusieurs reprises pour se renseigner. L’America’s Best Value Inn est par ci ou par là c’est selon, mais nous ne le trouvons pas. Et je sens l’inquiétude poindre dans l’esprit de notre aimable chauffeur qui doit  commencer à se demander comment il va se débarrasser de nous s’il ne trouve pas ce maudit motel. Puis soudain panneau bleu de l’Amera’s Best se dresse au bord de la route. C’est un motel un peu miteux, tout peint de marron coincé là parmi tant d’autres, mais il nous semble paradisiaque tant nous sommes soulagés d’arriver enfin.

 

 

  

 


 


 

Phoenix-Flagstaff  25 mai 2012

 

 

 

 

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La gare routière paraissait proche de l’hôtel, et plus proche encore de l’arrêt de tram. Mais nous marchons désespérément, chargés de nos bagages trop lourds au bord d’une autoroute, dans le vent brûlant du désert. Un pick up s’arrête, un couple de Mexicains entre deux âges nous demande où nous allons comme ça. La station Greyhound n’est pas loin, montez donc. Ils chargent nos bagages et la poussette à l’arrière. Alexandre rejoint notre fatras, tandis que je monte à l’avant avec Lou. Nos sauveurs habitent dans le quartier. Ils sont arrivés ici, il y a une vingtaine d’années pour travailler and make money disent-ils simplement. Et ça a marché ? je demande. Mes hôtes me répondent d’un sourire. Arrivés à la station alors que nous les remercions vivement, ils nous opposent un « merci de nous avoir fait confiance » et repartent en agitant la main par la fenêtre.

 

 

 

 

 

 

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Phoenix, 24 mai 2012 

 

 

 

 

 

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Phoenix : une ville construite au mépris du désert, dans le brouhaha de des autos et de la climatisation. Le mode de vie des habitants de Phoenix me jette dans l’effroi, tant je vois à quel point il est destructeur pour l’environnement et pour les hommes.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

New-York, 22 mai 2012 

 

 

 

 

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Depuis la Highline. Une voie de chemin de fer désaffectée et désormais chemin de promenade. Pour moi elle fait écho à Highway, tel que j'entends ce mot dans notre spectacle. Une autoroute bien sûr, mais aussi un chemin qui permet de s'élever.

 


 

 

Genève - New York, 21 mai 2012

 

 

 

 

 

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 Sur le ticket de métro est inscrit que tout individu muni d’un billet validé peut s’asseoir dans le métro sans distinction de race, de couleur, de sexe ou de religion. Cette précision suffit à me rappeler que ça ne va pas de soi.

 

 

 

 

 

 

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Arrivée à Newark : avant toute formalité à la frontière nous sommes accueillis par les effluves molles du smash burger qui monte jusqu’aux portes d’arrivée. Nous faisons longtemps la queue pour passer la douane, mais l’officier qui prend nos empreintes digitales et nos photos ne se fend pas d’un boujour, ne pose aucune question et nous laisse passer à l’étape suivante. Il s’agit de savoir si nous avons apporté de la nourriture depuis l’Europe. Non, non rien du tout. Et de l’avion ? Non plus, c’était trop mauvais. Mon humour laisse l’officier Whang indifférent. Je dois ouvrir mon sac à dos. Il en inspecte le contenu en retournant les objets de ses mains gantées de blanc puis me le rend. C’est alors que je réalise que je transporte dans un autre sac une bouteille d’eau depuis Genève et qu’elle a passé tous les checks de sécurité sans encombre. Je ne sais pas si j’en suis soulagée ou effrayée.

 

 

 


 

 

 


 

 


 

 

 

 

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